On l’a critiqué, on le critique, il ne séduit pas… mais tous le reconnaissent, Didier Deschamps, c’est un patron… Mais est-il un exemple pour un chef d’entreprise, et pour tout autre responsable hiérarchique ?

« Dans une entreprise, tout le monde doit être productif, m’affirmait le directeur autodidacte d’une PME, tout le monde. Et le patron, me questionnait-il, sais-tu ce qu’il doit produire le patron ? Des décisions ! Le patron doit produire des décisions. Il est payé pour ça ».

Décider, c’est faire un choix après réflexion.

Avoir le réflexe de jeter un seau d’eau sur un incendie naissant n’est pas une décision mais une réaction : une décision suppose d’avoir exercé son jugement, une réflexion.

Une décision suppose un choix, et donc une multiplicité de possibilités. Une décision qui s’impose n’en est pas une. Pas de décision où il n’y a pas de doutes.

Décider, c’est rejeter certaines autres possibilités : c’est trancher !

Une décision prête forcément à débats. Décider, c’est souvent susciter des désaccords.

Décider, c’est prendre le risque de se tromper.

Se tromper n’est pas une faute, c’est une erreur, humaine, une erreur de jugement… La faute serait de ne pas exercer son jugement et de ne pas agir – décider – en conséquence.

Une décision forte s’appuie toujours sur une vision singulière, parfois sur une intuition, souvent sur une conviction pas nécessairement partagée par le grand nombre, et jamais par tout le monde.

Une idée qui me passe par la tête n’est pas une décision, au mieux une hypothèse. Cette idée accédera au statut de projet ou de volonté après que j’ai pris la décision de l’appliquer, de la mettre en œuvre, quand j’aurai défini le « quand », le « comment », le « avec qui »…

Didier Deschamps a des convictions, une vision… Comme l’avait fait Jacquet en son temps, il décide en conséquence, fait ses choix. Sans fléchir. Sans concessions ni compromissions. Au grand dam de ceux qui se complaisent dans le commentaire. On peut ne pas partager les convictions de Deschamps, sa vision du jeu… mais personne ne lui dispute sa capacité à exercer son jugement, à prendre des responsabilités et à les assumer sans tergiverser. Il fallait être peu soucieux du consensus pour écarter Benzema, pour maintenir Giroud à la pointe de l’attaque, et même Lloris dans les buts… Deschamps a produit des décisions.

Interrogez des patrons de PME qui ont connu un succès remarqué. Souvent, ce succès a été permis par une idée du dirigeant, une idée désapprouvée par leur entourage, leurs collègues ou même leurs collaborateurs, mais une idée qu’ils ont suivie, malgré les conseilleurs et les commentateurs. Ils ont décidé.

Cette idée fondatrice, elle peut être de tout ordre : un recrutement atypique sans quoi l’entreprise ne serait pas devenue ce qu’elle est, le choix d’un emplacement et d’un style de bureaux qui a imposé une vision dans l’esprit des clients et des collaborateurs, le refus de vendre des produits pour se consacrer exclusivement à la prestation de services, le refus ou la volonté de se diversifier, la détermination à ne transiger en rien sur la qualité, la décision d’investir dans une nouvelle gamme de produits ou dans une prestation innovante… Cette idée fondatrice peut être de tout ordre…

Mais pour un entrepreneur, réussir, c’est souvent avoir raison contre l’avis du grand nombre.

Le grand nombre a toujours tort… Pas toujours peut-être. Mais un succès distinctif ne peut pas procéder d’une idée commune, consensuelle… seulement d’une idée clivante.

Pour un entrepreneur, réussir, c’est souvent avoir raison contre l’avis du grand nombre – puis trouver les hommes capables de se mobiliser sur son idée, de partager sa conviction, d’être soudés par elle et autour d’elle… des hommes qui acceptent que soient rabotés les ego et valorisée la performance collective… bref, une équipe !