Un an après son titre mondial, ce dimanche 16 décembre, l’équipe de France a gagné le titre européen pour la première fois. À sa tête, Olivier Krumbholz. Nommé entraîneur national de l’équipe de France féminine en 1998, il avait été remercié par la Fédération française de handball en 2013, après deux années calamiteuses, puis rappelé en janvier 2016, pour triompher, après une profonde remise en cause personnelle – qui nous donne à penser.

Olivier Krumbholz avait déjà occupé le poste d’entraîneur des Bleues pendant quinze ans, de 1998 à 2013. Sous sa direction, l’équipe de France féminine fut finaliste des championnats du monde 1999, puis remporta son premier titre mondial en 2003, et disputa encore deux finales en 2009 et en 2011. Un beau palmarès !

Avant la chute.

En 2012 et 2013, les mauvais résultats s’additionnent. L’ambiance se dégrade. Les joueuses ne supportent plus l’autoritarisme de Krumbholz, ses coups de gueule, ses colères… Il est limogé. Deux ans de réflexion, de remise en question.

En 2016, il revient aux affaires plus calme, plus maître de lui-même, plus ouvert…

« J’étais beaucoup plus dur, cassant, colérique, confesse-t-il. Je générais davantage le conflit. En fait, j’étais “too much”. La réussite, c’est comme une recette de cuisine et à ce moment-là, ma mixture était un petit peu trop épicée ».

« Pour Olivier, ces deux années en dehors de l’équipe ont été une souffrance, admet Philippe Bana, directeur technique national du handball français. Mais elles lui ont appris que son ancienne méthode était obsolète. Et quand il est revenu, il avait compris beaucoup de choses, notamment sur la nécessité de collaborer avec les joueuses, devenues des athlètes de haut niveau ».

L’autoritariste s’est transformé en homme de dialogue, plus souple, ouvert.

« Avant je pensais que j’étais un peu le propriétaire de l’équipe, concède l’entraîneur. Désormais, je ne me sens plus l’épicentre de cette aventure. C’est d’elles que vient la performance ».

C’est que les temps ont changé.

Manager des artistes

« On ne peut plus coacher comme il y a vingt ans, face à des joueuses tout juste amatrices, novices au niveau du jeu, confirme l’entraîneur. Aujourd’hui, elles prennent leur destin en main et veulent structurer le jeu par rapport à leurs compétences, leurs connaissances et leurs qualités ».

Camille Ayglon, une joueuse, témoigne : « Il a compris que nous n’avons pas besoin d’être prises par la main pour nous mettre au travail ».

Compris aussi que c’est aux joueuses de décider, au cœur même de l’action. « L’athlète dans la vitesse de jeu est dans la fulgurance décisionnelle. La joueuse est constamment en train de décider sur le terrain en une fraction de seconde. Tu peux te tromper mais tu ne peux pas hésiter ».

C’est partout la même chose, dans la vie professionnelle, dans toutes les équipes. Les nouvelles générations veulent plus de considération, plus de liberté d’initiatives, plus d’autonomie décisionnelle… Elles refusent d’être réduites à un rôle d’exécutant. Elles acceptent que la hiérarchie pense avec elles, mais non pour elles, non à leur place. On ne les changera pas. Au management de s’adapter.

Philippe Bana, DTN du handball français, inscrit Olivier Krumbholz dans la lignée des grands entraîneurs du handball hexagonal, avec Claude Onesta, Patrice Canayer ou Thierry Anti : « ils ont su s’adapter à chaque changement que réclamait l’évolution du handball ».

Certains managers s’excusent de leurs résultats en arguant de la médiocrité de leur effectif. Pourtant, incapables d’obtenir le meilleur d’une équipe passable, ils auront bien des difficultés à manager une équipe d’élite. Monter un poney est à la portée de tous, monter un pur-sang est chose plus délicate. En handball, en football, en entreprise, manager des artistes est un travail… d’artiste !